- Ligue des nations
- J4
- France-Belgique (4-1)
Zidane : il y a du changement dans l’ère

Quatre matchs, quatre compositions de départ, un bilan : positif. Avec dix points au compteur, cette séquence internationale devait raconter quelque chose de l’équipe de France sous Zidane, qui s’est attaché pendant quinze jours à rebattre les cartes des titulaires, et surtout à le faire savoir.
La Marseillaise venait de se conclure, et Estéban Lepaul leva les yeux au ciel, parce que c’est probablement ce que ferait n’importe quel gamin pour sa première titularisation internationale à domicile, au Stade de France, un endroit où votre sélectionneur a mis un doublé de la tête en finale d’une Coupe du monde remportée alors que vous n’étiez pas né. Les tribunes étaient pleines des hommes d’alors, venus voir leur 10 à la baguette, et Aimé Jacquet, même lui, avait fait le déplacement – Zidane lui dira qu’il était « beau », après le match.
Sans doute les parents Lepaul étaient-ils devant leur TV en 1998, et ce regard porté aux étoiles de Saint-Denis rappelait aussi ça : Lepaul fils joue en pensant à son père, toujours, qui aurait eu du mal à croire son rejeton maintenu 90 minutes à la pointe de l’attaque de l’équipe de France. Mais voilà les Bleus tels que Zinédine Zidane les imagine, assumant jusqu’au bout un choix qui, longtemps pendant ce France-Belgique, parût pourtant perdant. Mais au lieu de changer la pointe, le sélectionneur changea les hommes autour, et la France renversa en 20 minutes la même Belgique qui l’avait mise à la peine pendant 70.
Derrière les changements, des fondements
C’était, avant cela, un match pénible à regarder, parce qu’une bande de gentils garçons avaient été envoyés jouer un match que le sélectionneur s’était juré de les faire jouer. « Il n’y a pas d’équipe A et d’équipe B », avait-il dit à la presse avant France-Italie. « Je compte sur tous mes joueurs, c’est ça le truc », avait-il ajouté après, quand on lui fit remarquer, tout de même, que certains hommes semblaient plus se détacher que d’autres. Il se trouve, tout de même, que l’EDF gagne ces derniers temps avec certains hommes sur la pelouse et souvent les mêmes, ces derniers rentrant pour siffler la fin de la récréation, comme si Zizou avait le loisir de décider « quand » gagner, ou en combien de temps, comme Luis Enrique envoie son armada quand les fesses du PSG chauffent un peu trop.
Le sélectionneur avait mis un point d’honneur à faire jouer tous ses appelés, volonté au départ de sa liste XS, et il le fit, raison pour laquelle Lenny Yoro était sur le terrain ce lundi soir, allant même jusqu’à donner du temps de jeu à Guillaume Restes, troisième gardien théorique dans la hiérarchie française derrière Robin Risser, absent. Cela donna quatre matchs et quatre onze aussi inconstants les uns que les autres, avec des principes de jeu pour les relier (le pressing à la perte, suffisamment répété, un milieu à trois composé d’une sentinelle chargé de la relance, le recours aux diagonales défenseur ailier), et peut-être est-ce là la « patte Zidane », celle dont il disait ne pas vouloir entendre parler voilà quinze jours, quelque part plus à l’est, au milieu d’une Turquie qui sentait le kefta grillé.
Des gagnants naturels, des perdants inattendus
Il fallait bien cela pour rompre avec le mandat de Deschamps, au-delà de la tactique, de la formation, de la manière de communiquer ou des costumes unis : trancher avec la hiérarchie instaurée depuis douze ans, elle et ses certitudes, ses favoris et ses injustices. Kanté savait qu’il partait en Amérique pour ne pas jouer une minute, et Zidane voulait envoyer un message pour sa première : tout le monde aurait « sa chance » et « son moment », plusieurs même, quitte à ce que, au bout du compte, se dégage à son insu une sorte d’équipe « A » et d’équipe « B » – Michael Olise, Désiré Doué, Adrien Truffert, Lucas Da Cunha, Eduardo Camavinga, Jérémie Jacquet et Dayot Upamecano faisant assurément plus partie de la première que de la seconde. Même s’il ne le dira pas, car Zidane ne dit pas grand-chose, ces quatre matchs ont fait quelques perdants (Koundé, Lepaul, Barcola, Tchouaméni, par contumace), et Dembélé pourrait suivre, en mars 2027, quand Mbappé reviendra pour les quarts de finale de Ligue des nations que la France devrait être en mesure de disputer.

De nouveaux hommes disent aussi de nouvelles habitudes, que le sélectionneur s’est amusé à bousculer au fil de ce long rassemblement, de l’arrivée des joueurs à Clairefontaine aux séances d’entraînement nouvelles, toujours balle au pied, lesquelles ont parfois pu étonner les joueurs par leur technicité. Zidane s’est aussi assez plaint de ne pas avoir suffisamment de temps pour travailler pour que ces quatre matchs ne veuillent pas dire grand-chose, alors prenons l’image d’un grand chantier, avec des travaux de moins grande envergure que ceux entamés par Klopp en Allemagne, qui lui aussi, avait ressenti le besoin de voir du monde passer devant ses yeux. Dans la nuit de Saint-Denis, au fond du ventre d’un Stade de France vidé depuis longtemps, Zizou se dit « satisfait d’avoir fait avec (s)es joueurs et (s)on staff du bon travail », ajouta simplement qu’il avait « envie de voir tout le monde », et que tout cela, en fin de compte, était « très encourageant », ce qui ne souffre aucune contestation.
« La bienveillance »
D’Aimé Jacquet, Zidane dit, quelques minutes après l’avoir étreint, avoir retenu « la bienveillance » – « Mémé il aimait ses joueurs, et c’est ce qu’il transmettait » – et c’est là tout ce que l’on a ressenti du coach, d’Izmit à Bruxelles, l’amour de son poste et la patience envers ses ouailles, les défendant toujours en conférence de presse, quitte à ce que cela devienne, parfois, un peu gros. Ce lundi soir encore, sa manière de louer le match de Dembélé ne convainc pas grand monde, mais peut-être suffit-elle au principal intéressé, et c’est bien là tout ce qui compte.
Il ressort de tout ça que cette équipe est définitivement portée vers l’avant, avec des axes de progression clairs, le premier d’entre eux étant la nécessité « qu’on mette un peu plus de joueurs dans la surface de réparation pour être efficaces » (conférence de presse, toujours), le second étant assurément les postes de latéraux, où Truffert n’est pas Marcelo et Kalulu pas Carvajal, le sélectionneur ayant déjà glissé quelques mots à Gérald Baticle et Bernard Diomède, sélectionneurs des Espoirs et des U20, quant à ses besoins à ce poste. Le prochain rencard ? Dans un mois, à Milan, contre une Italie sur le retour, puis à Bordeaux, pour la réception d’une Turquie en crise. Les hommes seront-ils les mêmes ? Difficile de savoir. Mais nous, on sera là, les idées de jeu aussi, et le costume noir, cela va sans dire.
Les gagnants et les perdants du rassemblement des BleusPar Théo Denmat, au Stade de France













































